• Hier matin, 55 propriétaires de 4x4 ont retrouvé leur véhicule inutilisable. Photo D. Duchesnes.


    Mobilité / Après Forest, Ixelles, Uccle et Boitsfort, ce sont les Woluwe qui ont été visés
    Les Flagadas dégonflent une nouvelle série de 4×4
    Frédéric Soumois | Le Soir | jeudi 17 novembre 2005

    REPORTAGE


    Il ne reste qu'une demi-heure avant minuit, mais quelques fenêtres sont encore allumées dans les petites rues de Woluwe-St-Lambert. Un trio se faufile entre les voitures, attentif à tout promeneur ou à une voiture tardive. Deux filles et un garçon constituent l'un des trois commandos qui ont décidé mardi soir de mener la quatrième action de dégonflage des pneus de véhicules 4x4 à Bruxelles.

    On chuchote, parce qu'il est encore tôt. Les patrouilles de police ont augmenté depuis, qu'ailleurs, d'autres brûlent les voitures. « Nous avons décidé de persévérer. Nous, nous ne créons aucun dommage aux véhicules ». Celui qui porte le pseudo de « Benoît 4x4 » vérifie que ce Santa Fe garé avenue de la Lesse ne comporte ni caducée de médecin, ni carte d'handicapé. Quelques secondes plus tard, un double sifflement se fait entendre. Le trio a introduit sur la pipette du pneu un petit caillou microscopique. En remettant le bouchon par-dessus, le pneu se vide en quelques minutes. Les Flagadas, comme ils s'appellent, dégonflent toujours les deux pneus côté trottoir, histoire de rester discret et d'éviter d'être happé.

    Et si quelqu'un utilise son véhicule en cours de dégonflage, n'y a-t-il pas de risque ? « Les pneus se dégonflent très vite et avec bruit. Nous plaçons toujours une affichette qui signale au propriétaire qu'il a été l'objet d'un dégonflage et qui l'invite à se débarrasser de son véhicule. Impossible qu'il ne la voie pas ».

    Avenue Chapelle aux Champs, un Land Rover avec pare-buffles et un Kia Sorento sifflent de concert. Petit Poucet râle : « Les bouchons sont serrés à mort, c'est difficile ». Une rue plus loin, un autre 4x4 est déjà couvert de boue. « On a tamisé la boue pendant deux heures et demie pour être sûr qu'il n'y a pas de caillou qui puisse griffer la carrosserie. On refuse toute dégradation. »

    Minuit et demi. Un gros 4x4 échappe au dégonflage : une lourde remorque boueuse remplie de déchets de jardin a convaincu les Flagadas de l'épargner. Un X3 et un Tucson n'ont pas cette chance. Pourquoi cibler uniquement cette catégorie de véhicules, alors que d'autres sont aussi pesants ou encombrants et que l'incivilité routière ne se cantonne pas à un type de véhicule ? « Parce que le 4x4 est un symbole qui cumule tous les défauts. Plus lourd, plus dangereux, plus consommateur d'énergie. A son bord, on a une impression d'invulnérabilité trompeuse. En fait, on y voit mal les objets au sol. Si un 4x4 heurte un cycliste ou un piéton, il les heurte à la tête ou au torse au lieu des jambes », répondent les Flagadas. Qui du coup, en cas de doute, prennent comme critère la hauteur du pare-chocs. Une petite voiture à traction intégrale passera à travers, tandis qu'un véhicule dodu non 4x4 risque la dégonfle.

    Avenue de l'Assomption, un Rav4 a échappé deux fois au dégonflage. Une fenêtre trop éclairée puis un cycliste. Mais le troisième passage est le bon. Le véhicule prend rapidement de la gîte, l'air s'échappe à gros bouillons. C'est le dixième. Les trois équipes qui se réunissent ensuite à l'autre bout de la ville font leurs comptes : 55 véhicules dégonflés. On distribue les médailles en chocolat tout en chantant l'hymne des Flagadas par le Grand Jojo. Folklore sympa.

    Mais ces 25-35 ans plutôt urbains, piétons, cyclistes, altermondialistes, hypersensibilisés aux questions d'environnement, sont-ils persuadés d'avoir provoqué chez leurs « victimes » autre chose que de la colère noire, à la perspective de manquer le premier rendez-vous ou l'heure de l'école ? « Nous comprenons leur colère, mais nous voulons lancer le débat de l'utilisation de 4x4 dans la ville. Ce n'est pas un véhicule adapté. A Amsterdam, il ne peut plus se garer et Paris songe à le bannir. Les conducteurs estiment que c'est leur liberté d'utiliser ce véhicule et se sentent agressés. Nous nous sentons agressés directement par l'empreinte que prennent les 4x4 dans la ville. Et nous agissons ».

    http://www.lesoir.be/sites_sat/regions/Bruxelles/page_5922_387934.shtml

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